Article rédigé par Sylvie Plante, professeure au département de français et coresponsable du dossier de la valorisation

Le verbe aimer était responsable du mariage de mes parents. Ma sœur et moi étions un effet, une des étranges conséquences de la conjugaison.

Les poissons ne ferment pas les yeux – Erri De Luca

Du latin conjugatio, le mot « conjugaison » appartient à la même famille étymologique que le verbe « joindre », dont « conjugal » est le cousin lointain. Il signifie « unir ». Curieusement, à l’origine, « verbe » (verbum en latin) possède le sens de « mot », sans égard à une action quelconque. Voilà pourquoi le vocable « verbatim » signifie le compte rendu mot à mot d’une discussion.

Parfait, imparfait ou plus-que-parfait?

Prenons le temps de traiter des verbes. Je l’avoue sans ambages, il n’est pas rare que j’enseigne à mes étudiantes et à mes étudiants, pour les dérider, l’art de la conversation courtoise : je leur fournis des anecdotes pour la piste de danse. J’adore les faire rire, mais je me garde bien de tout cynisme. Je ne leur dis pas: « Je t’aime, tu m’aimais : le problème des couples, c’est la conjugaison.» (Petit éloge des vacances, Frédéric Martinez)

Néanmoins, lorsque j’aborde la conjugaison dans mon cours de grammaire de façon humoristique, je leur dis très sérieusement qu’il n’y a rien d’imparfait quant aux verbes à l’imparfait. Seulement, ils doivent retenir qu’en latin classique (oui, pour une prof de français, je leur parle beaucoup du latin!) imperfectus signifie « inachevé ». Perfectus désignait ce qui était accompli, donc imperfectus, ça va de soi! Mais quelles sont les différences entre l’imparfait, le passé composé, le passé simple et le plus-que-parfait? Le bon usage nous apprend que « l’imparfait montre un fait en train de se dérouler dans une portion du passé, mais sans faire voir le début ni la fin», l’action étant donc inachevée : « Comme le soir tombait, l’homme sombre arriva[i]. »

Ainsi, le plus-que-parfait obéit à la même logique. Les verbes conjugués à ce temps expriment « un fait passé achevé ayant précédé un autre fait passé[ii] ». Voici un exemple : « Elle avait terminé sa lettre lorsque Michel passa la prendre[iii] ».

« Je conjugue trois fois le verbe « travailler » et je ressens déjà le besoin de me reposer. » (Valeriu Butulescu)

Mentionnons au passage un dernier fait digne d’intérêt. Dans certains cas, le passé composé peut exprimer « un fait passé en relation avec le présent », d’où le préfixe co- signifiant « mettre ensemble ». C’est plus fort que moi, pour la piste de danse, retenez que « compagnon » est formé de com et de pagnon (écrit pain en ancien français). Donc, les compagnons sont ceux qui mangent ou partagent le pain ensemble. Comme c’est beau! Bref, par opposition à cela, le passé simple « s’emploie pour indiquer un fait passé achevé, sans relation avec le présent ».

Passé composé : « Magda a enfin déniché un emploi » : lien avec le présent.

Passé simple : « Le tigre comprit. Il bondit hors de la cage » : action terminée par rapport au présent.

Je laisse le dernier mot à Jean Cocteau : « Le verbe aimer est difficile à conjuguer : son passé n’est pas simple, son présent n’est qu’indicatif, et son futur est toujours conditionnel. » 🙂

En panne? Une question vous turlupine? N’hésitez pas à faire appel au Service de référence linguistique du Collège Lionel-Groulx!


 À l’AGENDA!

La première rencontre du club de lecture « Tout Lionel » aura lieu le mardi 21 février à compter de midi au salon du personnel. Le thème sera la bande dessinée et les romans graphiques. Cette activité est réservée au personnel du CLG. Besoin d’inspiration? Liste de BD ici.

Le mercredi 22 mars se fera la Dictée CLG, ouverte à toute la communauté collégiale. Réservez votre date et de plus amples informations suivront!


 Références consultées pour la rédaction de ce texte:

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FIGARO, Le. http://evene.lefigaro.fr/citations/mot.php?mot=verbe (Consulté le 27 janvier 2017).

GREVISSE, Maurice. Le bon usage, Duculot, 13e édition, 1993, 1762 pages.

PETIT ROBERT, LE (en ligne). 2016, consultation gratuite ici : www.clg.qc.ca → Bibliothèque → « Outils de recherche » → Petit Robert, (Consulté le 27 janvier 2017).

ROUSSEAU, Martine. Retour sur l’accord du participe passé et autres bizarreries de la langue française, Flammarion, 2016, 317 pages.

Usito (en ligne). 2013, dictionnaire général de la langue française sous la direction d’Hélène Cajolet-Laganière, de Pierre Martel et de Chantal-Édith Masson, et avec le concours de Louis Mercier [site Web]. Les Éditions Delisme. Il faut être abonné pour avoir accès à l’intégralité. (Consulté le 27 janvier 2017).


[i] GREVISSE, Maurice. Le bon usage, Duculot, 13e édition, 1993, paragraphe 851, p. 1250.

[ii] BONENFANT, Christine. Boite à outils. Nouvelle grammaire. Module, 3e édition, Mont-Royal, 2088, p. 189.

[iii] Ibidem.