Ce texte est le fruit d’un projet spécial et rassembleur voué à la valorisation du français. Le blogue diffusera périodiquement des témoignages (écrits ou audiovisuels) réalisés par tout membre de la communauté collégiale relativement à  l’importance du français au travail, aux études et dans la vie! C’est votre tribune. Passez-vous le mot!

Simon Tremblay

Nous remercions énormément Simon Tremblay pour son texte. Ce dernier étudie en Option orientation/exploration.

Que soit aussi vivement remerciée Geneviève Hamel, professeure au département de français, qui a invité cet étudiant talentueux à produire le témoignage ci-dessous.

Il m’a fallu beaucoup de temps avant de comprendre à quel point j’aime la langue française. Après une décennie d’incertitudes et de tâtonnements, à ne pas savoir dans quelle profession je devrais exercer, j’ai réalisé ce que je désire faire : être professeur de français. Déjà, à l’école secondaire, je préférais de loin les cours de français, dans lesquels l’imagination et la créativité étaient valorisées, aux cours de mathématiques, dans lesquels j’étais exceptionnellement mauvais et qui m’impressionnaient par leur capacité à m’endormir. Cependant, ce n’est qu’au cégep que j’ai pris conscience de mon attachement à la langue de Molière. En effet, lors de mon premier cours de littérature, j’y ai découvert la richesse du patrimoine culturel de cette langue. La lecture d’un poème de Voltaire, un nom que je me souvenais d’avoir vu quelque part, m’a frappé par son abondance d’émotions et d’images. De plus, les figures de style et l’ironie propres au seigneur de Ferney, que je reconnaîtrai plus tard dans d’autres de ses ouvrages, m’ont renversé. Un tel poème doit être l’œuvre d’un génie, me suis-je dit ! C’est donc avec plaisir que j’ai découvert et que je continue à découvrir ses romans et poèmes, dans lesquels la roublardise voltairienne me fait souvent sourire.  Par la suite, dans le cadre du même cours, j’ai eu le plaisir de lire Claude Gueux, un autre livre d’un grand auteur français m’ayant fait découvrir une autre vertu de la littérature : elle peut être utile afin de présenter des arguments sur un sujet donné en soumettant des personnages à des conditions particulières : par exemple, dans le livre cité ci-dessus, Victor Hugo dénonce les misères économiques et sociales qui mènent le personnage principal au crime et à l’horrible peine de mort. Ces lectures passionnantes ont réveillé mon goût de participer à la préservation de la langue française. Par ailleurs, à force de corriger mes travaux, une vérité s’est révélée à moi : j’aime faire la relecture d’un texte et y trouver des erreurs. La suite me semblait logique. C’est à ce moment que j’ai décidé de devenir professeur de français. Je désire partager mon amour de cette langue et aider d’autres personnes à surmonter leurs difficultés comme je l’ai fait. En effet, même si je n’étais pas complètement mauvais, je ne maîtrisais pas (et ne maîtrise pas encore) la langue : j’étais un élève du cours «Jumelé», un cours conçu pour les élèves présentant des carences en français. C’est à force de travailler que je me suis grandement amélioré. J’ai aussi pu compter sur mon excellente professeure (Geneviève Hamel), qui, en plus d’avoir choisi des œuvres captivantes pour son cours, était toujours disponible pour me guider à travers les méandres de la grammaire. J’ai été aidé au Centre d’aide en français et je compte bien, un jour, y être un tuteur. Par ailleurs, mon plus grand outil pour mieux repérer mes fautes de français est le doute méthodique. Je ne compte plus le nombre de fois où j’étais sûr d’avoir correctement écrit quelque chose pour ensuite être convaincu du contraire. Je désire préserver notre héritage linguistique. Nous sommes inondés de culture anglophone chaque jour. Moi et mes semblables, c’est-à-dire les gens de ma génération, sommes spécialement vulnérables à cet assaut répété : la langue anglaise semble omniprésente dans nos vies. Nous visionnons Breaking Bad, Game of Thrones; nous jouons à Battlefield, Defense of the ancient, Call of duty, dans lesquels la langue anglaise est la langue de communication avec les autres joueurs, puisque ces derniers sont bien plus nombreux ; nous écoutons, en majorité, de la musique anglophone. Bref, l’influence de l’anglais est si puissante que le français est menacé. Il importe donc de s’efforcer de préserver notre précieux héritage français si rare en Amérique.  Les langues ne sont pas qu’un moyen de communiquer : au contraire, elles sont une manière de penser, et comportent des différences fondamentales entre elles, comme le dit si bien le linguiste polyglotte Claude Hagège, dans une entrevue accordée au quotidien français L’Express : « Seuls les gens mal informés pensent qu’une langue sert seulement à communiquer. Une langue constitue aussi une manière de penser, une façon de voir le monde, une culture. En hindi, par exemple, on utilise le même mot pour « hier » et « demain ». Cela nous étonne, mais cette population distingue entre ce qui est – aujourd’hui – et ce qui n’est pas : hier et demain, selon cette conception, appartiennent à la même catégorie[i] . » N’est-ce pas fascinant ? Ainsi, tout langage qui disparaît est une perte tragique. Dès lors, continuons d’être le bastion de la langue française au milieu d’un continent majoritairement anglophone. Partageons-la et soyons-en fiers !

[i] HAGÈGE, CLAUDE. L’EXPRESS, http://www.lexpress.fr/culture/livre/claude-hagege-imposer-sa-langue-c-est-imposer-sa-pensee_1098440.html