Tout au long du mois de septembre, nous vous présenterons les romans retenus par les participants en vue de la toute première édition du Combat des livres.  Celle-ci aura lieu le mercredi 4 octobre prochain au local D-107, dès 12h30.  Vous êtes bien sûr chaleureusement invité(e)s à y assister.  En quelques lignes, le Combat des livres, c’est :
  • Cinq romans québécois parus depuis 2002.
  • Cinq éloquents professeurs de français du collège Lionel-Groulx.
  • Chacun est convaincu que le roman qu’il défend mérite de remporter cette édition du Combat des livres.
  • Un seul aura finalement raison. Lequel? Qui saura être le plus convaincant?
  • Un passionnant jeu d’alliances, de rivalités et de stratégies.
  • Quel roman triomphera au terme de ces débats enlevants?
Nous poursuivons cette semaine notre présentation des cinq oeuvres en lice avec le roman de Michael Delisle, Dée, paru chez Leméac en 2002.

« Le Reo vert s’arrête devant la maison des Provost. Doc pose sa botte dans la frange et, la main sur la hanche, il considère la petite avec un demi-sourire amusé, regarde ses cuisses blanches au soleil, découvertes par sa robe relevée.

-Je me fais griller, Doc. Je vas venir noire noire!
-Viens me donner mon bec!

Enjambant les flaques de pluie, Dée se lance sur le vieil homme et pose la bouche sur sa joue piquante. Doc a une odeur forte de tabac, de sueur et de salaison. Il tapote les fesses de Dée pendant qu’elle lui enserre le cou et se plaint, en gloussant, qu’il pique.

-Est à qui la petite Dée?
-Est à toé, Doc. »

Extrait du roman Dée, de Michael Delisle.

Laissée à elle-même, une fillette passe ses journées au dépotoir à chercher des carcasses de chiens errants. Dans la banlieue des années 1950, juste avant l’avènement des maisons riches et propres, la vie ne lui propose rien d’autre. À quinze ans, elle tombe enceinte. On la marie tout de suite et on lui achète une de ces maisons de rêve. Et on l’abandonne de nouveau. Seule dans son bungalow tout neuf, elle s’ennuie. Jusqu’à ce qu’elle remarque le camelot… Roman cru, déchirant, Dée établit un parallèle saisissant entre le destin d’une jeune fille et celui des terres qui l’ont vue naître et qui, en passant abruptement de la misère à l’opulence, ont sacrifié leur histoire.

Source : Bibliothèque québécoise

Michael Delisle

« C’est un véritable petit exploit que réussit Michael Delisle de relater, en de courts épisodes, la délitescence de ce personnage de fillette qui a grandi trop vite, devenue une épouse esseulée, puis avant même ses vingt ans, une femme vieillie, assommée par les médicaments. »

Source : Robert Chartrand, Le Devoir

Michael Delisle

Ce sont essentiellement des raisons d’ordre psychanalytique qui ont amené Nicolas Simard, enseignant au département de français du Collège Lionel-Groulx, à choisir le roman de Michael Delisle, Dée, pour l’activité du Combat des livres.  Ce récit constitué de courts chapitres, qui sont en fait presque des fragments, révèle en quelque sorte l’échec lamentable du rêve américain.  Le 4 octobre prochain, Nicolas Simard compte mettre en évidence tout l’art de Michael Delisle, qui arrive avec nuance à illustrer, à travers le destin de Dée, comment on est réduit à reproduire souvent les schémas de notre enfance, malgré nos tentatives de recommencement.

Nicolas Simard. Crédit photo : archives personnelles.