« Dieu a dit : « Je partage en deux : les riches auront de la nourriture, les pauvres de l’appétit. »  Coluche.

On le sait bien, le verbe partager signifie selon le contexte que l’on a quelque chose en commun (partager l’opinion de quelqu’un) ; que l’on divise quelque chose (partager une orange en quartiers) ; que l’on donne une partie de quelque chose (la compagnie partage ses profits) ; que l’on fait participer (partager son expérience avec quelqu’un).

Or, effet de mode oblige, certaines expressions se déforment, se transforment et deviennent avec le temps contagieuses, sinon virales, comme une maladie.  Qu’une expression traduise des réalités nouvelles ou modernes, cela n’est pas mal en soi, sauf quand elle s’avère fautive.  C’est notamment le cas, depuis quelques années, de la formule « je vous partage quelque chose », dans le sens de communiquer.  Tout dépendant du contexte, il est préférable d’utiliser des termes comme communiquer, justement, ou encore d’avoir recours à des verbes au sens analogue comme raconter, faire part de, émettre, exprimer.

Le verbe partager, quand il est utilisé dans l’idée de communiquer quelque chose, n’appartient pas au français.  Ce sens est calqué sur l’anglais to share, qui s’emploie évidemment dans le sens de partager (avoir en commun), mais aussi dans le sens de faire part de, raconter, exprimer.

Dans la phrase suivante : « J’aimerais prendre quelques minutes pour vous partager mon inquiétude par rapport à la situation budgétaire. », l’emploi de partager est fautif sur le plan syntaxique.  Partager est un verbe transitif, c’est-à-dire qu’il s’emploie toujours avec un complément direct (ici, mon inquiétude et non pas vous) ; notons qu’il est tout à fait acceptable d’ajouter d’autres compléments, seulement s’ils sont accompagnés de prépositions : en, entre, avec.  Pour qu’elle soit considérée syntaxiquement correcte, la phrase qui vient d’être donnée en exemple aurait dû se lire comme suit : « J’aimerais prendre quelques minutes pour partager avec vous mon inquiétude par rapport à la situation budgétaire. » Ou encore ainsi : « J’aimerais prendre quelques minutes pour vous faire part de mon inquiétude par rapport à la situation budgétaire. »  La tournure faire partager aurait pu aussi être tout aussi correcte que les dernières alternatives proposées : « J’aimerais prendre quelques minutes pour vous faire partager mon inquiétude par rapport à la situation budgétaire. »

Dans le langage informatique, le verbe partager est souvent utilisé pour signifier mettre en réseau ou mettre à la disposition d’autres utilisateurs.  On peut ainsi partager des données, comme des fichiers numériques, des vidéos ou encore une connexion à Internet.  L’expression, qui s’applique à des réalités nouvelles propres à notre époque plus technologique, est tout à fait conforme.

L’équipe de la valorisation de la langue française a bien aimé partager avec vous cette capsule linguistique et tient à remercier Murielle Chapuis qui a attiré son attention sur ce point particulier.  Si des cas similaires vous interpellent, n’hésitez pas à nous en faire part, il nous fera un plaisir de les traiter lors d’un prochain billet de blogue.

Simon Roy

Comité de la Valorisation de la langue française

Références consultées pour la rédaction de ce billet :

Site de l’Office québécois de la langue française (Banque de dépannage linguistique), mis à jour en octobre 2017.

Bureau de la traduction (Clefs du français pratique), 2017.

 

Vous posez-vous des questions d’ordre linguistique ? Il existe des réponses ! Faites appel au Service de référence linguistique du Collège Lionel-Groulx.

Le prochain club de lecture « Tout Lionel » aura lieu le mercredi 22 novembre, de midi à 13 heures, et portera sur le roman policier. Venez y discuter de vos coups de cœur et faire le plein de suggestions dans un cadre informel, convivial et détendu! Activité gratuite, ouverte à tout le personnel. sylvie.plante@clg.q.ca

 

Deuxième édition du Combat des livres (en avril prochain).  Cette fois, croiseront le fer un cadre (Éric Saint-Jean), une étudiante (Kamille Gagné), un membre du personnel  professionnel (Josiane Sauvé), un employé de soutien (Daniel Alarie) et une enseignante d’anglais (Elizabeth Schinkel). Les oeuvres qu’ils défendront vous seront présentées à la session d’hiver dans des billets similaires à ceux qui ont mis la table tout au long du mois de septembre à la première édition tenue la semaine dernière. simon.roy@clg.qc.ca

 

Pour l’année 2017-2018, le blogue Le français, notre accent commun reconduit sa série de témoignages intitulés « Le français à cœur ouvert ». Ainsi, nous aimerions diffuser périodiquement des témoignages (écrits ou audiovisuels) réalisés par tout membre de la communauté collégiale relativement à l’importance du français au travail, aux études et dans la vie !

Nous cherchons donc des personnes prêtes à témoigner de leur rapport au français. Si cette expérience vous plait, faites-nous signe en écrivant à sylvie.plante@clg.qc.ca ou à simon.roy@clg.qc.ca.