Pour conclure en force cette année du cinquantième anniversaire du Collège Lionel-Groulx, le comité de Valorisation de la langue française est en train d’organiser pour la communauté collégiale une activité qui saura intéresser de nombreux lecteurs, si on se fie au succès de la première édition tenue le 4 octobre dernier.

Le Combat des livres, c’est :

  • Cinq romans québécois parus depuis les années 2000.
  • Cinq participants de toutes les provenances du collège Lionel-Groulx.
  • Chacun est convaincu que le roman qu’il défend mérite de remporter cette édition du Combat des livres.
  • Un seul aura finalement raison. Lequel? Qui saura être le plus convaincant?
  • Un passionnant jeu d’alliances, de rivalités et de stratégies.
  • Quel roman triomphera au terme de ces débats enlevants?

Tout au long du printemps, nous vous présenterons les oeuvres au coeur de cette activité qui se déroulera devant public le 25 avril prochain, au local D-415 à compter de midi.  Nous amorçons cette semaine notre présentation des cinq oeuvres en lice avec le roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette, La Femme qui fuit, publié aux Éditions du Marchand de feuilles en 2015.

Anaïs Barbeau-Lavalette

« J’ai beau chercher, ça fait longtemps que je n’ai pas lu quelque chose d’aussi violent. (…) J’ai beau chercher, ça fait longtemps que je n’ai pas lu quelque chose d’aussi joli. »

Anne-Marie Dussault, Ici on lit : Les incontournables Radio-Canada

 

« La première fois que tu m’as vue, j’avais une heure. Toi, un âge qui te donnait du courage.

Cinquante ans, peut-être.

C’était à l’hôpital Sainte-Justine. Ma mère venait de me mettre au monde. Je sais que j’étais déjà gourmande. Que je buvais son lait comme je fais l’amour aujourd’hui. Comme si c’était la dernière fois.

Ma mère venait d’accoucher de moi. Sa fille, son premier enfant.

Je t’imagine qui entres. Le visage rond, comme le nôtre, tes yeux d’Indienne baignés de khôl.

Tu entres sans t’excuser d’être là. Le pas sûr. Même si ça fait 27 ans que tu n’as pas vu ma mère.

Même s’il y a 27 ans, tu t’es sauvée. La laissant là, en équilibre sur ses trois ans, le souvenir de tes jupes accroché au bout de ses doigts.

Tu t’avances d’un pas posé. Ma mère a les joues rouges. Elle est la plus belle du monde.

Comment as-tu pu t’en passer?

Comment as-tu fait pour ne pas mourir à l’idée de rater ses comptines, ses menteries de petite fille, ses dents qui branlent, ses fautes d’orthographe, ses lacets attachés toute seule, puis ses vertiges amoureux, ses ongles vernis, puis rongés, ses premiers rhums and coke?

Où est-ce que tu t’es cachée pour ne pas y penser?

Là, il y a elle, il y a toi, et entre vous deux : moi. Tu ne peux plus lui faire mal parce que je suis là.

Est-ce que c’est elle qui me tend à toi, ou toi qui étires tes bras vides vers moi?

Je me retrouve près de ton visage. Je bouche le trou béant de tes bras. Je plonge mon regard de naissante dans le tien.

Qui es-tu? Tu t’en vas. Encore. »

Extrait du roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette, La Femme qui fuit

La Femme qui fuit

Qui était Suzanne Meloche? Grâce à une détective privée et à des gens qui l’ont connue, Anaïs Barbeau-Lavalette réinvente la vie de sa grand-mère maternelle, qu’elle a peu connue, à partir d’anecdotes, de lettres et de souvenirs, le tout en marge de la signature du manifeste Refus global, précurseur de la Révolution tranquille.

Source : Le Soleil

L’une des plus brillantes étudiantes de sa cohorte, Kamille Gagné cultive au Collège Lionel-Groulx depuis trois ans ses deux grandes passions artistiques : la littérature et la musique (elle est d’ailleurs inscrite au double DEC dans ces disciplines).  Interrogée sur sa sélection pour le Combat des livres, elle s’est dite séduite par le roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette en raison, entre autres choses, du traitement véritablement incarné du sujet touchant l’époque de la parution du manifeste du Refus global.  Présentée telle une longue lettre écrite à sa grand-mère Suzanne Meloche, le roman propose une vision plus intimiste des événements, qui tranche positivement avec l’approche historique traditionnelle.  Elle a bien hâte de défendre ce roman, qui a séduit tant le public que la critique, également pour la force des thèmes abordés et la puissance des grandes remises en question.  Il faut lire La femme qui fuit notamment pour la conception controversée de la maternité qu’on y retrouve : Suzanne Meloche a en effet abandonné sa famille pour se donner la chance de s’épanouir en tant que femme et artiste pluridisciplinaire.  Acte de courage ou plutôt fuite teintée d’un égoïsme inconsidéré?  Les discussions seront certainement enflammées le 25 avril prochain.

Kamille Gagné
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