Antoine Lavoie est inscrit au cheminement Tremplin DEC (crédit photo: SP)

Les abonnés du blogue se souviendront de l’article « Black M », publié plus tôt en février. En effet, plusieurs membres du personnel ont laissé des commentaires à la suite de sa diffusion. Rappelons pour mémoire que le questionnement central au cœur de « Black M » visait à comprendre pourquoi les Québécois en général et les cégépiens en particulier écoutent très peu de musique franco.

Aujourd’hui, je vous propose la réponse d’un étudiant de mon cours de renforcement en français écrit, Antoine Lavoie, inscrit au Cheminement Tremplin DEC (première session). Il a relevé le défi sans même que je le lui demande ! Je peux vous dire que son article est vraiment une « rédaction en situation authentique » ! Bravo, Antoine !

 

(crédit photo: Deezer.com)

Mon observation de l’appréciation musicale

Je relisais récemment un article publié par ma professeure de français. Je me suis interrogé afin de tenter de comprendre également le phénomène illustré dans l’article. J’abuse donc de mon temps libre pour tenter de répondre à certaines des interrogations de ma professeure.

Pour faire court, ma professeure révise les participes passés avec nous et sort un exemple tiré d’une chanson d’un artiste appelé Black M. Personne dans la classe ne savait qui c’était, désolé bonhomme, et après quelques instants de discussions en classe, où nous avons énuméré quelques artistes que nous écoutions, elle finit par se demander pourquoi nous écoutons si peu de musique franco. Elle écrit, par la suite, un article dans lequel elle pose comme question : « Mais la vraie question est de savoir pourquoi les cégépiens écoutent si peu de musique francophone… Qui plus est : pourquoi les Québécois n’écoutent-ils pas plus de musique franco ??? » Ainsi, voici ma réponse.

Ici, je ne pense que par moi-même et je n’ai fait aucune recherche pour explorer ce phénomène. J’ai décidé, pour tenter d’y répondre, de prendre mon répertoire de musique et de faire une légère observation. J’y ai compté ±100 artistes. J’y compte 13 artistes qui font du francophone (David Goudreault, les Dénis drolet, Fatal Bazooka, John Lang, Magoyound, McFly & Carlito, Mononc’ Serge & Anonymus, Madeleine Peyroux, Oldelaf & Monsieur D., Pigalle, Pv Nova, Rock et Belles Oreilles, Stromae), 11 qui font de la trame sonore et il reste donc 76 artistes anglophones.

Quels sont les liens entre mes possessions musicales ? De plus, pourquoi ai-je peu de musique franco ? Je déteste tous les genres en général, mais, parmi eux, je retrouve des exceptions qui sont des morceaux ou des artistes qui apportent quelque chose de nouveau ou de différent, que le reste n’a pas. Il peut s’agir de la manière dont le morceau est joué, du rythme, de la voix du chanteur et de son ton ou des instruments. En opposition, certains morceaux sont appréciés musicalement, mais pas vocalement. […].

Une autre exception qui vaut la mention est ce que j’appellerais l’association à d’autres produits. Nous avons tous écouté des films, des émissions télévisuelles ou vu des bandes d’annonces d’autres produits semblables qui utilisaient de la musique d’artistes qui n’a pas été créée pour l’occasion dudit produit. Ces morceaux de musique, qui ne m’interpelaient pas auparavant, me paraissent soudainement plus agréables. Il en est de même pour les morceaux créés pour l’occasion d’un film ou autre, tel un générique, qui ne voudrait rien dire pour nous autrement. En addition, un morceau de musique peut parfois nous sembler anodin, mais, remis dans un contexte différent ou similaire avec des images qui sont intéressantes ou qui nous touchent, il y a des chances que la perception de cette musique en nous change. Donc, écoutant très peu de productions cinématographiques ou télévisuelles québécoises, je ne suis pas porté à connaître les trames sonores qui y sont présentées.

[…] Alors si on écoute une émission en anglais et que celle-ci présente des chansons anglaises, je crois qu’il y a plus de chances qu’on rencontre de nouvelles chansons anglaises plutôt que d’en découvrir en français. Ce n’est pas mon cas, mais je crois que c’est peut-être aussi une question de traduction à certaines occasions. Les émissions sonnent parfois mieux en anglais (si c’est leur langue originale) et, comme les chansons y sont présentées dans la même langue, n’est-il pas plus attirant pour le cerveau d’écouter les morceaux dans cette langue? Un effet d’entrainement peut-être dû au fait qu’il n’a pas besoin de passer d’une langue à une autre. Encore, je ne suis pas spécialiste.

Un certain effet de « déjà entendu » pourrait changer la donne également. Je, très personnellement, suis devenu « allergique » à certains genres de productions québécoises, comme l’industrie télévisuelle ou musicale, qui n’aide pas à la découverte de nouveaux produits québécois/francophones. La répétition et la ressemblance entre produits m’ennuient et me donnent l’impression de déjà vu, même si c’est totalement faux. La majorité des thématiques des chansonniers du Québec, par exemple de tout ce que j’arrive à voir, est surtout l’amour et la joie de vivre, surtout l’amour, thème qui me donne l’impression que nous ne sommes qu’un gros sac d’adolescents en peine d’amour qui ne veulent pas passer à autre chose. Je suis donc découragé par cette accumulation de répétitions qui n’a aucune envie de retourner explorer les nouveautés. Je voudrais cibler les émissions de télévision visionnées par des millions comme La Voix. Dans La Voix, on présente deux genres de chanson: l’anglophone ou le « québécois-amouro-dépressif » (je sais, ça n’existe pas, mais j’en suis rendu là). Je trouve ça triste, car on pourrait grandement en profiter pour présenter les nouveautés qui ne sont pas encore passées à la radio et dont nous ne sommes pas encore fatigués et qui sont différentes. Autre avis personnel : « La voix du Québec », on vient y présenter qui « représentera le mieux le Québec » avec sa voix, mais avec des chansons non québécoises, on vient juste annuler l’aspect héroïque de la chose. Je trouve ça con.

Pour terminer, je voudrais faire une petite parenthèse sur l’évènement de l’article Black M où nous ne connaissions pas ce chanteur qui chante en français. Je ne veux pas mal paraître, mais je crois que de présenter un contenu français par l’intermédiaire d’un auteur nommé en anglais n’est pas la meilleure route et peut potentiellement mal représenter le produit ou porter à confusion. […] Si une des raisons de chanter en français est de présenter et de faire valoir la langue française, se nommer en anglais est probablement une mauvaise idée, car c’est par le nom de l’auteur qu’on va rechercher en premier, mais le contenu. Ici donc, je pense qu’adopter Black M n’incite pas à présenter le contenu.

[…] Revenons sur les questions d’origine posées par notre professeure. Pourquoi les cégépiens écoutent si peu de musique francophone? Je ne suis peut-être pas un ensemble de cégépiens, mais je crois que l’influence médiatique et que les styles de musique qui nous sont présentés en français, ou du moins la manière dont elle nous est présentée, ne suffit pas complètement à nos attentes. Pourquoi les Québécois n’écoutent-ils pas plus de musique franco? Pour les mêmes raisons je dirai, mais peut-être ça l’aurait aussi rapport avec la concurrence des marchés divers. Pour rester avec la musique, la présence de notre musique franco-québécoise est très petite sur l’échelle mondiale et, alors que tous les milieux essayent de percer et de se faire paraitre, serait-il simplement un phénomène normal de voir ce que l’on voit chez nous? Je pense bien que oui puisque, ayant tous cette variété étrangère, il nous est normal d’aller y jeter un œil et d’en ramener quelques souvenirs, ce qui nous empêche de tomber dans l’ennui du répétitif.