Par Pascal Gemme, professeur de français responsable de la VLF

Il n’est pas rare d’entendre des Québécois reprocher aux Français leur utilisation de mots anglais tant dans le cadre du quotidien que dans les communications publiques. Évidemment, ce phénomène n’est pas nouveau. Léo Ferré abordait déjà la question de façon humoristique en 1962, dans sa chanson, avouons-le, un peu osée, « La langue française ».  À titre d’exemple, alors qu’au Québec, on s’applique coûte que coûte à traduire les titres des films, les Français préfèrent souvent conserver le titre original.

Pourtant, croire que les Québécois utilisent moins d’anglicismes que les Français, c’est nier qu’il y a un clivage entre la langue orale et la langue écrite. C’est aussi d’abord et avant tout oublier qu’il existe plus qu’une catégorie d’anglicismes. En effet, si les emprunt directs de mots anglais comme « parking », « junkfood» ou « food truck » appartiennent à la catégorie des anglicismes lexicaux ou intégraux, d’autres sont plus subtils, comme les anglicismes morphologiques auxquels nous nous intéresserons pour le moment. D’autres catégories seront abordées dans des billets à venir.

Qu’est-ce qu’un anglicisme morphologique?

Ce sujet a déjà été partiellement traité dans un article précédent, mais il n’est jamais mauvais de rappeler certaines notions importantes. On nomme anglicisme morphologique, la traduction mot à mot d’un groupe de mots en conservant la structure (morphologie) anglaise. On pourrait donner l’exemple de « fringe benefits », qu’on traduit trop souvent par « bénéfices marginaux » alors que l’on devrait plutôt employer l’expression « avantages sociaux ».

Ce type d’anglicisme est courant dans la langue de tous les jours. Dans le cadre de ce billet, nous nous attarderons au cas des expressions « à date » et « jusqu’à date », que l’on rencontre souvent.

La Banque de dépannage linguistique de l’OQLF met en contexte ces anglicismes de la façon suivante :

« Les expressions à date et jusqu’à date sont des calques de l’anglais to date et up to date. Ainsi, un document qui est actualisé au jour où l’on se trouve n’est pas à date mais plutôt à jour. Par ailleurs, si on veut indiquer que le moment où l’on parle constitue une limite dans le temps, on peut utiliser les locutions à ce jour, jusqu’à présent, jusqu’à maintenant ou jusqu’ici.

Exemples fautifs :

– Je souhaiterais mettre mon livret à date.

– Ces fichiers sont inutilisables, ils ne sont pas à date.

– À date, tout s’est bien passé.

– Nous n’avons eu aucune plainte jusqu’à date.

– Rien n’indique à date que les chercheurs aient fait fausse route.

On dira plutôt :                                                                                             

– Je souhaiterais mettre mon livret à jour.

– Ces fichiers sont inutilisables, ils ne sont pas à jour.

Jusqu’ici, tout s’est bien passé.

– Nous n’avons eu aucune plainte jusqu’à maintenant.

– Rien n’indique à ce jour que les chercheurs aient fait fausse route. »

 

Vous posez-vous des questions d’ordre linguistique ? Il existe des réponses ! Faites appel au Service de référence linguistique du Collège Lionel-Groulx.

Référence consultée pour la rédaction de ce billet:

Banque de dépannage linguistique (BDL) de l’Office québécois de la langue française (OQLF), 2018, http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=1447 (page consultée le 22 novembre 2018.