Par Pascal Gemme, professeur de français responsable de la valorisation de la langue française au Collège Lionel-Groulx

À l’occasion de la Francofête qui se tiendra du 18 au 22 mars au Collège Lionel-Groulx, le comité de Valorisation de la langue française vous présente une fois encore sa version du Combat des livres, formule popularisée il y a quelques années par Marie-France Bazzo. À Lionel-Groulx, c’est Simon Roy qui mènera une fois encore cette activité de main de maître le mercredi 20 mars dès midi au Kafé étudiant.

Le Combat des livres, c’est :

  • Cinq romans québécois parus depuis les années 2000.
  • Cinq participants de toutes les sphères du collège Lionel-Groulx.
  • Chacun est convaincu que le roman qu’il défend mérite de remporter cette édition du Combat des livres.
  • Un seul aura finalement raison. Lequel? Qui saura être le plus convaincant?
  • Un passionnant jeu d’alliances, de rivalités et de stratégies.
  • Quel roman triomphera au terme de ces débats enlevants?

Au cours des prochaines semaines qui nous séparent de la date fatidique du 20 mars, nous vous présenterons tour à tour chacune des œuvres qui seront débattues. Cette semaine, nous vous présentons un troisième roman, Le cri des oiseaux fous de Dany Laferrière:

«On aurait pu croire à une œuvre narcissique. Pas du tout. Ce roman est coulé dans le quotidien de la vie haïtienne. Même s’il est le héros de son œuvre, l’auteur a laissé la place à ceux qui l’ont façonné, à ceux qui ont partagé sa vie. Il s’efface derrière les siens pour montrer toute la noblesse des Haïtiens. On sent que c’est avec beaucoup de modestie et d’amour qu’il a écrit son roman […]. Bref, Dany Laferrière est un auteur talentueux qui se fait un point d’honneur de parler de son pays et des siens comme ses compatriotes de Montréal, tels le regretté Émile Ollivier, Marie-Célie Agnant, Georges Anglades..»

 

Jaquette de couverture de la réédition chez Boréal Compact du roman Le cri des oiseaux fous

«Mes émotions m’épuisent tant elles sont riches. L’affaire, c’est que je suis un rêveur dans un pays où l’on n’aime pas les rêveurs. Et là je ne parle pas uniquement du dictateur. Tout le monde combat ici le rêve et les rêveurs. Je me demande s’il y a un endroit au monde où on les accepte. Je voudrais bien y aller. Sûrement sur une carte imaginaire. Vieux Os au pays des merveilles. Mon livre préféré : l’histoire de cette petite fille qui traverse le miroir. Je ne demande pas grand-chose pourtant, simplement qu’on me laisse rêver en paix. Je n’ai besoin de rien d’autre».

  • Extrait du roman Le cri des oiseaux fous, p. 72-73 (Dany Laferrière, Le cri des oiseaux fous, Éditions du Boréal, 2010 (2000), 352 pages.)

 

« Papa Doc a chassé mon père du pays. Baby Doc me chasse à son tour. Père et fils, présidents. Père et fils, exilés. Et ma mère qui ne bouge pas. Toujours ce sourire infiniment triste au coin des lèvres. Je me retourne une dernière fois, mais elle n’est plus là. Que fait-elle ? À quoi pense-t-elle en ce moment ? Je donnerais tout pour le savoir.

Maintenant que son ami Gasner est mort, Vieux-Os ne peut plus rentrer chez lui. Commence alors une folle nuit où, accompagné par les dieux vaudou, il parcourra les rues de Port-au-Prince pour dire adieu à ses amis et à ses amours, avant de prendre l’avion pour Montréal, qui ne l’attend pas. »

Dany Laferrière, le 18 janvier 2019, au restaurant Marcel, quai de Jemmapes à Paris. (c) Thibault Stipal pour « Le Monde »

 

«Né à Port-au-Prince en avril 1953, Dany Laferrière a grandi à Petit-Goâve. Il y écrit pour le journal Le Petit Samedi soir et fait partie de l’équipe de Radio Haïti. Il quitte son pays natal à la suite de l’assassinat de son collègue et ami, le journaliste Gasner Raymond. Il s’installe au Québec où il occupe plusieurs emplois avant de commencer à écrire.

Son premier roman, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, paraît en 1985 (VLB). Le succès est immédiat et les réactions nombreuses. Laferrière devient alors l’un des principaux représentants d’une nouvelle génération d’écrivains dans le paysage littéraire québécois. […]

Dany Laferrière a été nommé Personnalité de l’année 2009 lors du Gala Excellence La Presse/Radio-Canada en janvier 2010. 

Le 12 décembre 2013, Dany Laferrière a été élu à l’Académie française. Il occupe le fauteuil numéro 2. Il a été fait Officier de l’Ordre national du Québec en 2014.»

Le cri des oiseaux fous est le onzième roman et le douzième livre d’une œuvre qui en compte près de trente.


Steve Bastien, photographié par Mark Quevillon

Steve Bastien est intervenant psychosocial au Collège Lionel-Groux depuis plus de quinze ans en plus d’être acteur/animateur professionnel depuis plus de 25 ans. Des études en anthropologie ainsi qu’une formation d’acteur complètent sa formation en travail social.

La littérature et la culture meublent et colorent la vie de Steve depuis la plus tendre enfance. Né à Montréal de parents ayant quitté Haïti dans les années soixante alors que la dictature des Duvalier faisait rage, il a vite appris à connaître ce pays qui fut jadis « la perle des Antilles » à travers les récits de ses parents et de ses oncles et tantes. C’est au cégep, dans le cadre de ses études en Sciences humaines, qu’il approfondira sa connaissance de l’histoire et de la politique du pays d’origine de ses parents et ses aïeux.

Steve a choisi de présenter et de défendre Le cri des oiseaux fous, de Dany Laferrière, publié en 2000, d’abord parce qu’il considère sincèrement que ce grand auteur québécois mérite d’être lu et relu. Aux yeux de Steve Bastien, les romans de Laferrière parus depuis les années 2000 font preuve d’une certaine sagesse et d’un grand sens d’observation de la nature humaine. Laferrière raconte ici sa vingtaine alors que sévit le régime sanguinaire et totalitaire des Duvalier en Haïti.

Dany Laferrière se dépeint comme un jeune homme passionné de théâtre, de littérature et de justice sociale. Il y raconte de façon prosaïque ses derniers jours à Port-au-Prince avant son exil. C’est particulièrement cet aspect du roman qui a touché Steve Bastien :

« Cette histoire, c’est aussi celle de mes parents, celle ma mère arrivée à Montréal de Port-au-Prince il y a 52 ans et celle de mon père, arrivé soudainement, tel Laferrière, il y a cinquante ans. Dany Laferrière, cet auteur québécois d’origine haïtienne, aujourd’hui membre de l’Académie française, demeure l’enfant de Petit-Goâve, son village d’enfance, et de Port-au-Prince, où il a passé son adolescence et une partie de sa vingtaine. Le cri des oiseaux fous est un cocktail qui mêle politique, art, sexe, Montréal et Haïti de façon équilibrée, accessible et profondément humaine. »