Par Pascal Gemme, professeur de français responsable de la valorisation de la langue française au Collège Lionel-Groulx

À l’occasion de la Francofête qui se tiendra du 18 au 22 mars au Collège Lionel-Groulx, le comité de Valorisation de la langue française vous présente une fois encore sa version du Combat des livres, formule popularisée il y a quelques années par Marie-France Bazzo. À Lionel-Groulx, c’est Simon Roy qui mènera une fois encore cette activité de main de maître le mercredi 20 mars dès midi au Kafé étudiant.

Le Combat des livres, c’est :

  • Cinq romans québécois parus depuis les années 2000.
  • Cinq participants de toutes les sphères du collège Lionel-Groulx.
  • Chacun est convaincu que le roman qu’il défend mérite de remporter cette édition du Combat des livres.
  • Un seul aura finalement raison. Lequel? Qui saura être le plus convaincant?
  • Un passionnant jeu d’alliances, de rivalités et de stratégies.
  • Quel roman triomphera au terme de ces débats enlevants?

Au cours des dernières semaines, nous vous avons présenté les œuvres qui seront défendues le 20 mars à midi au Kafé étudiant. Après Toi aussi mon fils, Les Yeux bleus de Mistassini, Le cri des oiseaux fous et Le poids de la neige, nous concluons cette semaine notre présentation des cinq titres en compétition avec Deuils cannibales et mélancoliques, premier roman de Catherine Mavrikakis, publié à l’origine aux Éditions Trois en 2000.

« Jusqu’au délire, Mavrikakis dépeint la mort, la montre sous tous ses visages, sans pourtant verser dans le morbide. Ouvre de rigueur et de cohérence autant que cri du coeur, Deuils cannibales et mélancoliques a décidément de grandes qualités formelles.
Pas exactement un livre à classer sous la rubrique « lectures d’été », mais une introspection sensible et juste, dans l’écrin d’une construction littéraire maîtrisée. »

Jaquette du roman Deuils cannibales et mélancoliques, de Catherine Mavrikakis

 

Il faut face aux morts avoir grand-faim, il faut être cannibale et les bouffer tout rond ou les déchirer de nos dents avides. Il faut avaler nos morts ou c’est eux qui nous bouffent. Il n’y a rien à faire, c’est la loi de la jungle et du deuil. À chaque mort, je rêve que je mange des poissons et des pâtes noires, à l’encre de seiche. Et les morts que je n’avale pas me restent dans la gorge.
Devant la mort, il faut être affamé, avide, les mains grandes ouvertes pour en reprendre. La mort condamne l’anorexie. La mort est un festin, je n’y peux rien. À la mort d’Hervé, disparu en avion, il a fallu boire tout le vin qu’il avait fait, fumer toutes les cigarettes qu’il s’était achetées dans tous les aéroports du monde. À la mort de sa mère, Angela avait son frigo plein des feuilles de vigne farcies au riz, que sa mère lui avait fait envoyer quelques jours plus tôt.

Qu’en faire ?

Elle ne put que les manger dans la pure culpabilité et la plus grande délectation. Les dernières feuilles de vigne de sa mère… Pouvait-elle ne pas les manger, les laisser pourrir, comme le corps mort de sa mère ? Angela les mangea en même temps que ses larmes, goulûment sans les partager aucunement. Vorace de la mort.
Les odeurs, c’est tout le contraire de la nourriture, c’est l’impossibilité du deuil et il n’est pas besoin d’avoir lu Proust pour le savoir.
  • Extrait du roman Deuils cannibales et mélancoliques (Catherine MAVRIKAKIS, Deuils cannibales et mélancoliques, éditions Héliotropes, Montréal, 2009 (2000))

 

 

« Le premier roman de Catherine Mavrikakis est un texte sauvage où les morts et les condamnés ont tous le même prénom, Hervé. Bons morts, mauvais morts, sidéens, suicidés, accidentés s’y ramassent à la pelle. Escortée de ses Hervé morts qui ne la quittent pas d’une semelle, Catherine, jeune femme animée d’une indémontable vitalité, traverse les vicissitudes et la médiocrité du monde des bien portants. »

Tiré du site des éditions Héliotrope 

 

Photo de Catherine Mavrikakis (source: site des éditions Héliotrope)

«Figure incontournable des lettres d’ici, Catherine Mavrikakis a publié à ce jour sept romans dont La ballade d’Ali Baba, Les derniers jours de Smokey NelsonLe ciel de Bay City et Oscar De Profundis.

Elle est l’auteure d’un oratorio, Omaha Beach. Elle écrit aussi des essais, parmi lesquels Diamanda Galás. Guerrière et gorgone et L’éternité en accéléré.

Ses livres sont traduits en plusieurs langues, en italien et en suédois notamment, et de nombreux prix les ont récompensés, dont le Prix des libraires du Québec et le Prix littéraire des collégiens.»

Source: site des éditions Héliotrope


 

Photo de Florence Daunais (source: archives personnelles)

Étudiante en littérature depuis deux ans, Florence Daunais est une jeune militante habitée d’art, de lettres et de justice sociale. Pour le combat du 20 mars, elle a choisi Deuils cannibales et mélancoliques, premier livre longtemps méconnu de Catherine Mavrikakis, non sans une envie de défi ; défi pour la tête, le moral et le cœur, ce texte « sauvage » rassemble le mal de vivre inhérent à l’écriture de Nelly Arcan et l’univers noir et acide d’un jeune Maxime-Olivier Moutier par la mort, la maladie et la médiocrité. C’est pour sortir les participant.es et elle-même de leur zone de confort que Florence propose ce livre difficile et volontairement inconfortable de Mavrikakis, d’ailleurs la seule femme du répertoire.